Infrastructures Numériques, au cœur des discussions du B7
Stella Morabito, Déléguée Générale de l’AFNUM, a modéré une table ronde lors de la matinée B7 organisée par le MEDEF, consacrée aux infrastructures numériques de nouvelle génération, un enjeu central pour la croissance économique, la compétitivité industrielle et la souveraineté stratégique de l’Europe.
La prochaine frontière de la compétition numérique est physique, industrielle et géopolitique.
La course à l’intelligence artificielle a mis en lumière le caractère essentiel des infrastructures numériques : il n’y a pas de leadership en matière d’IA sans leadership en matière d’infrastructures. Ce constat s’impose désormais comme un principe structurant des stratégies industrielles des pays du G7, qu’il s’agisse de l’IA, des centres de données, des semi-conducteurs, du quantique ou des investissements nécessaires pour les développer.
Le quantique entre dans l’ère industrielle
Parmi les thèmes les plus structurants de la table ronde, le quantique a occupé une place de choix. Valérian Giesz, co-fondateur et COO de Quandela, a confirmé ce que beaucoup pressentaient : le secteur entre dans sa phase d’industrialisation. Pour que cette industrialisation se globalise, il est indispensable d’investir maintenant dans cette technologie. Pour lui, sans une meilleure concertation entre les pays du G7, l’Europe risque de rater le tournant décisif.
David Niehaus, Responsable des Affaires Gouvernementales de KIPU Quantum, a tenu à préciser que le quantique, souvent réduit à sa dimension matérielle, comprends une couche logicielle robuste. Il a d’ailleurs souligné que le quantique n’est pas une promesse lointaine, c’est déjà une réalité productive, avec des cas d’usage industriels bien concrets. Pour accélérer son adoption, il appelle à changer de registre en adoptant un discours business plutôt qu’académique, et développer des interfaces accessibles pour que n’importe quelle entreprise puisse utiliser cette technologie.
La souveraineté, une question de leviers
Christophe Maleville, Senior EVP Innovation et CTO de SOITEC, a proposé une définition de la notion de souveraineté. Selon lui, être souverain ne veut pas dire maitriser l’ensemble de la chaine de valeur, mais de disposer des leviers stratégiques qui garantissent à l’Europe une place à la table des négociations mondiales. Cela suppose de concentrer les efforts sur les segments où l’Europe peut véritablement faire la différence : le photonique, les nouveaux matériaux, le calcul écoénergétique… Pour réussir le passage à l’échelle des start-ups européennes, quatre conditions lui semblent indispensables : un financement agile, une coopération européenne et internationale renforcée, une simplification administrative, et un investissement soutenu dans les compétences et les talents.
Laurent Olislager, Chef d’équipe sur la Communication Quantique de la Commission européenne, a ajouté qu’une coordination renforcée entre les stratégies nationales est essentiel au passage à l’échelle. Il a également plaidé pour un État qui joue pleinement son rôle de premier client dans les secteurs stratégiques pour enclencher une dynamique d’investissement privé indispensable.
Les conditions de l’investissement privé
Lucy C. Cronin, Vice-Présidente des Politiques Publiques EU chez Amazon, a apporté la perspective de l’investisseur privé à grande échelle. Pour elle, les conditions d’un engagement des acteurs privés dans les infrastructures numériques sont : une prévisibilité réglementaire, la stabilité du cadre juridique, l’accès à une énergie suffisante et compétitive, des délais d’octroi de permis raisonnables et des garanties de sécurité et de résilience. Elle a insisté sur le fait qu’il est impératif pour les Etats de traiter les infrastructures numériques comme un socle stratégique pour le déploiement de l’IA, le soutien aux transformations numériques et le renforcement de la résilience du pays.
Jun Nakaya, Directeur des Affaires Internationales de JEITA, a complété ces propos en partageant l’expérience japonaise. Le Japon a misé sur des espaces de données structurés, des plateformes public-privé et une approche résolument pragmatique, ancrée dans des cas d’usage concrets et des problèmes socio-économiques réels. Mais il a surtout rappelé une vérité systémique : l’innovation technologique, aussi brillante soit-elle, ne peut exister sans harmonisation réglementaire, sans écosystème ouvert, de confiance et cohérent à l’échelle internationale. La confiance est un pilier du développement numérique et permettra de multiplier les décisions d’investissements à long terme.
Au terme de ces échanges, une conviction s’impose : la compétition numérique ne se jouera pas uniquement dans le software. Elle se jouera dans les usines, les réseaux, les politiques d’investissement et les accords internationaux. L’Europe a des atouts réels, scientifiques, industriels, institutionnels. Ce qu’il lui reste à construire, c’est la volonté collective de les mobiliser à la hauteur de l’enjeu.








