Déclaration commune du Tech7

Dans le cadre de la présidence française du G7, les organisations professionnelles du numérique des pays membres ont adopté à Paris une déclaration commune appelant à renforcer la coopération entre les grandes économies numériques. Les recommandations portent sur neuf grands enjeux stratégiques :

  1. Collaboration internationale, confiance et résilience
  2. Cybersécurité et résilience des infrastructures critiques
  3. Flux et gouvernance des données
  4. Déploiement de l’IA dans les secteurs stratégiques
  5. Technologies quantiques
  6. Sécurisation des chaînes d’approvisionnement et des infrastructures numériques
  7. Numérique en santé
  8. Compétences et avenir du travail
  9. Soutien aux PME dans l’économie numérique

Organisations membres du TECH7 : AFNUM (France), Anitec-Assinform (Italie), Bitkom (Allemagne), DIGITALEUROPE (Union européenne),  ITI (Etats-Unis), JEITA (Japon), Numeum (France), TECHNATION (Canada), techUK (Royaume-Uni).

Tech7 : l’AFNUM au cœur des échanges

Les organisations professionnelles membres de Tech7 se sont réunies, à Paris, en amont du G7 numérique afin de présenter aux ministres présents, Madame la Ministre Déléguée en charge du Numérique et de l’IA, Anne le Hénanff, et Monsieur le Ministre Canadien en charge du Numérique et de l’IA, Evan Solomon,  leurs recommandations communes. Cette rencontre intervient à un moment où les technologies numériques, IA, cybersécurité, cloud et quantique, conditionnent directement la compétitivité et la capacité d’innovation des pays du G7.

Connectivité et réseaux de nouvelle génération

Marc Charriere a mis en lumière un enjeu que l’AFNUM juge fondamental : la transformation des réseaux de télécommunications à l’ère de la 6G et de la connectivité satellitaire. La convergence entre réseaux terrestres et infrastructures orbitales n’est plus une perspective lointaine, elle est en cours. Et les décisions réglementaires prises aujourd’hui façonnent directement la vitesse à laquelle cette transformation s’opère.

Trois priorités concrètes ont été portées par l’AFNUM : harmoniser les procédures d’allocation de spectre entre les pays du G7, développer des cadres de certification interopérables, et reconnaître la connectivité comme une infrastructure stratégique au même titre que les routes ou les réseaux électriques.

Nous adhérons pleinement à la déclaration collective Tech7 — et aujourd’hui, nous souhaitons mettre en avant un enjeu qui nous semble essentiel : la transformation de nos réseaux de télécommunications à l’ère de la 6G et de la connectivité par satellite.

La déclaration collective appelle ainsi à trois avancées : aligner les approches sur les réseaux hybrides terrestres et spatiaux, harmoniser les standards (5G NTN, 6G, Open RAN) et moderniser les cadres réglementaires, à commencer par les règles de partage du spectre qui constituent aujourd’hui un frein concret au déploiement satellitaire.

Technologies quantiques : de la recherche à l’industrie

Stella Morabito a pris la parole sur le sujet quantique en rappelant que celui-ci ne remplacera pas l’informatique classique, il l’étendra. Le modèle gagnant sera hybride avec des processeurs quantiques connectés à des systèmes HPC, cloud et IA. C’est dans cette complémentarité que réside la promesse industrielle réelle de cette technologie.

Deux exemples ont illustré concrètement ce potentiel. D’abord, l’énergie : les réseaux électriques de demain, intégrant énergies renouvelables, véhicules électriques et équilibrage en temps réel, atteindront un niveau de complexité que seul le calcul quantique combiné à l’IA pourra véritablement optimiser. Ensuite, la pharmacie et les matériaux : la modélisation quantique pourrait accélérer radicalement la découverte de nouvelles molécules ou de semi-conducteurs de prochaine génération.

Mais c’est sur la dimension sécurité que Stella Morabito a insisté avec le plus de force. L’informatique quantique menacera à terme les systèmes de cryptographie à clé publique actuels. Le risque dit « store now, decrypt later » est déjà une réalité opérationnelle pour les acteurs qui gèrent des données sensibles à long terme. La cryptographie post-quantique est donc une priorité stratégique immédiate.

Les pays qui remporteront la course à la technologie quantique seront ceux qui rendront cette technologie exploitable — pour l’industrie, pour la sécurité et pour l’économie réelle.

La coopération internationale est ici indispensable. Aucun pays ne construira seul son écosystème quantique. Les États-Unis, le Royaume-Uni, la France, le Canada, l’Allemagne et le Japon investissent déjà massivement dans cette technologie. Le défi désormais est celui d’une implémentation coordonnée : standards communs, sécurité post-quantique, partage de R&D, déploiements pilotes transfrontaliers et accès aux infrastructures.

Déploiement de l’IA à l’échelle de l’économie

La troisième séquence a pris la forme d’une table ronde animée par Léo Lafarge, Responsable Politiques Numériques de l’AFNUM, réunissant quatre acteurs aux perspectives complémentaires autour d’une question centrale : comment faire passer l’intelligence artificielle du laboratoire à l’économie réelle, en touchant non seulement les grandes entreprises mais l’ensemble du tissu productif ?

Du modèle au terrain : l’ère du déploiement
Aujourd’hui, l’enjeu se déplace vers le déploiement à grande échelle, dans un contexte où les obstacles restent concrets : financement, accès aux talents, régulation et tension croissante entre performance des systèmes et sobriété énergétique. La course numérique se jouera sur la capacité à intégrer efficacement l’IA dans le tissu économique.

Fiabilité et confiance, conditions non négociables
Déployer l’IA ne suffit pas, il faut qu’elle soit explicable, auditable et digne de confiance, en particulier dans les secteurs critiques. Si la volonté d’adopter l’IA est aujourd’hui quasi universelle, la capacité à le faire à l’échelle reste très inégale selon les secteurs, les cultures et les marchés. Ces écarts, encore discrets, creusent silencieusement les écarts de compétitivité entre économies du G7.

Les PME, angle mort de la transformation
L’IA n’aura d’impact réelle sur l’économie que si elle atteint les PME, qui représentent plus de 90 % des entreprises du G7, elles restent pourtant largement à l’écart de cette transformation. Pour y parvenir à grande échelle, infrastructures, investissements et accompagnement opérationnel doivent progresser de concert.

Au terme de cette soirée dense, une ligne de force s’impose : qu’il s’agisse de connectivité, de quantique ou d’intelligence artificielle, les enjeux numériques du G7 appellent la même réponse : une coopération internationale renforcée, des cadres réglementaires stables et ambitieux, et une volonté collective d’investir à la hauteur de ce moment de transformation.